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Sri Lanka Une nature généreuse

Prodigue en saphirs et autres pierres précieuses, le Sri Lanka, gemme à facettes aux teintes changeantes brille par une richesse d’influences multiples et la diversité de ses sites.

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Espaces naturels et sauvages
Grande diversité.

Cet état insulaire possède une biodiversité marine et terrestre surprenante. Séparée de l’Inde par quelques dizaines de kilomètres, cette île en forme de larme a perlé des joues de sa grande sœur ; le jour où l’isthme les reliant l’une à l’autre aurait été détruit lors d’un cyclone tropical. Hypothèse géologique propice aux métaphores. Des hauts plateaux du centre-sud, avec une altitude de plus de 2 500 m, l’érosion a favorisé la création de plaines fertiles, tandis que les bords de côtes, offrent de longues plages paradisiaques de sable blanc. Par la variété de ses paysages, de sa flore et de sa faune, le Sri Lanka déploie ses charmes, comme certaines de ses consœurs, elle est souvent surnommée “île de beauté” ou “perle de l’océan indien”.

Carte

Dans les brumes
Versants boisés du centre de l’île.

Rare biodiversité

Nature et matière

Le résistant

L’éléphant tient une place importante dans la culture Sri-Lankaise. Espèce toujours menacée, il arrive occasionnellement d’en observer à l’état sauvage à l’extérieur des réserves. Au cours de notre trajet pour Polonnaruwa – ancienne capitale, haut lieu archéologique et cité sacrée – dans le centre nord de l’île, le spécimen était là en lisière de forêt, seul, le regard noir et tourmenté comme le ciel orageux de la journée. Résistant ou déserteur, il s’est rapidement soustrait à nos regards, trouvant refuge en zone libre, le maquis s’est métamorphosé en jungle dense et luxuriante.

Éléphant sauvage d’asie
De larges espaces naturels et sauvages.

Le Parc national d’Udawalawe, dans la partie sud de l’île est un écosystème aride marqué cette année par le déficit de précipitations. Le maquis et les plaines herbeuses desséchées présentent un paysage de désolation. Les arbres décharnés tout comme certaines bêtes dans une forme de mimétisme présentent des stigmates communs, bois et peau ridulés. La chaleur est déjà accablante et dans cette partie de la réserve l’ombre est rare. Cette femelle cherche tant bien que mal à se mettre à couvert pour se soustraire aux rayons mordants du soleil.

Mimétisme
Bois et peau ridulés.

La nature se dessine

Féerie nocturne

Encerclée par des collines recouvertes d’une végétation luxuriante, la ville de Kandy au cœur de l’île est célèbre pour les sites bouddhistes sacrés qu’elle héberge. Notre stop du soir se fera sur les hauteurs dans une demeure possédant un magnifique jardin tropical. L’obscurité tombée, les hôtes ont rejoint leur chambre. Un calme serein s’est installé, la nuit est fréquemment un terrain d’expériences fécond. Le champ pictural qui d’ordinaire s’ouvre sur de vastes étendues, sur un noir d’encre, sur l’infini et la voie lactée est artificiellement modifié. Dans le jardin, ce soir les particules de lumière dans un échange d’énergie avec la matière dénudent la végétation comme on dévoile la beauté. Des lucioles projettent leur aura lumineuse, accentuent les contrastes et dessinent les contours. La nature féerique s’approche de l’illustration. Paradoxalement l’invisible du jour se révèle. Les lucioles fantasmées, photon d’un soir n’étaient que de simples éclairages, songes et imagination dans le silence de ces heures nocturnes

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La nature se dessine
Nuit sri-lankaise.

La nature fascinante

Chorégraphie

Esquissant des glyphes, dessinant des arabesques dans un langage viscéral et corporel, par ondulation les corps glissent sur le vert tendre dans une danse envoûtante, les reptiles s’enlacent comme des initiales et dessinent en majuscules le “S” de sensualité, le “E” d’ensorcelant et le “F” de fascinant avant de reprendre sur quelques mètres leur course folle… Puis de nouveau le “S” de stupéfiant et le “E” d’émerveillement avant de se stabiliser pour marquer une dernière apostrophe et disparaître dans les hautes herbes. Nous sommes troublés, hébétés par l’appétit charnel de la chorégraphie et par la charge émotionnelle du spectacle auquel nous venons d’assister.

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Symbiose Archéologie et nature

Art du camouflage

Tendance à l’abstraction

Mutation, parure de lichens, se dérober aux regards, arbres et statues caméléons, les ruines et la végétation ont des prédispositions à se fondre. Complexité, tendance à l’harmonisation et à la métamorphose. Objectif, diaphragme grand ouvert, limiter la profondeur de champs, un dôme de briques usées et patinées se transmue en liquide, la matière est omniprésente.  « galerie métamorphose »

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Ruines, colonnes de pierres à Thuparama Dagoba
Ville sacrée d’Anuradhapura.

Tel un peintre qui dans des camaïeux de brun, de gris et de vert-de-gris cherche à dissimuler le sujet dans son environnement. Par une palette restreinte de couleurs et l’abandon des perspectives. Être absorbé par les formes et les plans à en perdre leurs délimitations. Concevoir des aplats, des motifs et abolir les volumes dans une prédisposition à s’approcher de l’abstraction. Art du camouflage, du passé sous silence. Tandis que les arbres dans leur vie secrète continuent de communiquer.

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Harmonie, ruines et nature
Camaëu de teintes.

Dans ce ciel uniforme, l’arbre et ses ramifications suggèrent des rus, des ruisseaux, des rivières et des fleuves. De la source aux nombreux affluents, comme les méandres de la vie, le parcours même long ne fait que commencer. En file indienne, les moines portant l’Uttarasanga, vêtement laissant l’épaule droite découverte, avancent à travers un des parcs de Colombo. La couleur orange safran liée aux épices utilisées pour la teinture des tissus (Curcuma ou Safran) se distingue et contraste avec les verts de la végétation qui les entourent.

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Méandres
Comme un fleuve cartographié.
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Moines Bouddhistes
Jeunes moines, ville de Colombo.

Bas-reliefs

La falaise mumure

Sur la falaise granitique de Buduruwagala les bas-reliefs ont une forme d’accointance avec les fossiles. Semblant sortie de leurs gangues, comme des vestiges d’êtres vivants. Les paléontologues recherchent dans ce témoignage du passé le moindre indice lié à la vie. Sur l’escarpement rocheux, quelques traces de pigments demeurent malgré l’érosion liée aux vents et à la ravine. La falaise murmure, l’homme a suggéré sans imposer, et la communion avec la nature environnante inspire le respect. Dans ce cadre végétal, la matière de la falaise prend vie à travers une mixité minérale et spirituelle. Un fantasme ! Dérouler de longs rouleaux de papier de soie, effleurer les contours et les reliefs au fusain ; et partager sous d’autres cieux les empreintes de ces géants.

Site de Buduruwagala temple
Statues de Boudha sculptées à même la roche.

Temples Hindous

Gardiens du temps

Dans les collines du centre de l’île

Dans la région de Nuwara Eliya, propice aux plantations de thé, les températures dépassent très rarement les 25°C. L’altitude de la région provoque de nombreuses instabilités météorologiques. La densité de la végétation agrippe les nuages désespérément et la nébulosité de l’atmosphère engendre cette couche grise et dense. C’est dans cette vallée profonde que les sculptures du temple tamoul, comme des gardiens du temps nous ont accueillis, immuables et imperturbables aux conditions. Dans cette ambiance électrique en échos aux grondements qui résonnent sur les flancs de la vallée, le temple et toutes ses représentations dans un envoûtement ont accentué l’intensité du regard photographique et toute la magie de l’instant.

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Les gardiens du temps
Imperturbables dans cette journée pluvieuse et venteuse.
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Temple Tamoul
Sous la protection des dieux.

Présence tamoules

C’est sous la période de domination britannique au XIXe siècle, que Ceylan avant de se dénommer Sri Lanka a vu l’arrivée d’une population Tamoule dans le centre de l’île. Les Anglais développèrent en premier lieu le café, avant qu’en 1869 un parasite anéantisse totalement la production. James Taylor, un écossais eut alors la perspicace idée de planter des théiers. Les Anglais firent migrer des populations Tamoules du sud de l’Inde en provenance de l’état de Tamil Nadu pour parer au manque alarmant de mains-d’œuvre. Parfois surnommés Tamouls des collines, ils se distinguent des Tamouls autochtones de la partie septentrionale et de la bande côtière orientale. La réussite des exploitations a favorisé un établissement durable, et par traditions, les générations se succèdent dans les plantations.

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Dans des débauches de couleurs les temples hindous du sud de l’Inde font partis des plus impressionnant au monde. l’immigration du XIXe n’est pas étrangère à la présence de temples colorés sur le territoire central du Sri Lanka. Ganesh, représente la sagesse et l’intelligence et il lève les difficultés aux croyants qui se placent sous sa protection.

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Temples Tamouls
Façades sculptées et multicolores.

Plantations de thé

L’art du thé

Saveur et arôme à nuls autres pareils

Les plantations de thé en terrasses recouvrent de nombreux versants du centre du Sri Lanka. Sur ces collines s’élevant jusqu’à 2 500 m au climat humide et propice à la culture, les plantations s’échelonnent entre 500 m et 1 200 m et pour certaines, au-delà. Les thés d’altitudes sont souvent les plus appréciés et les plus recherchés. Classé par grands crus suivant leurs provenances, le terroir de la région de Nuwarala Eliya est l’un des plus renommé

Dans ses collines aux pentes parfois escarpées, les femmes tamoules drapées de leur sari coloré et chatoyant sillonnent les rangés de théiers aux nombreuses nuances de verts. La récolte uniquement manuelle, activité féminine, exige délicatesse et dextérité ; l’entretien des parcelles est dévolu aux hommes. Afin de posséder le maximum de subtilité gustative, la cueillette est matinale et les feuilles prélevées se trouvent à proximité des bourgeons ou la sève est la plus concentrée.

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Séchage des feuilles de thé
Étape de fabrication.

Par la suite le procédé de fabrication du thé demandera plusieurs étapes. Le flétrissage qui consiste à sécher les feuilles afin de leur faire perdre 25 à 50 % de leur poids par évaporation. Le roulage pour déterminer la forme finale de la feuille, l’oxydation pour provoquer le noircissement des feuilles et la fixation pour stopper l’oxydation. La dernière étape est le séchage pour parvenir à un taux d’humidité aux alentours de 5 % . Suivant les variétés de thés, certaines étapes peuvent être omises. Le Sri Lanka se situe aujourd’hui dans les 4 plus grands exportateurs de thé au monde, derrière les inatteignables, que sont la Chine et l’Inde.

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Les pêcheurs de la côte sud

Galle et ses alentours

Retour des Orus

Nous voici sur la côte sud proche de Galle, ville fortifiée érigée au XVIe par les colons portugais. À quelques encablures de la ville, nous profitons de ces derniers jours pour nous détendre. Au crépuscule, l’horizon se pare de points lumineux. Scintillants dans la nuit, les éclairages sont utilisés pour une pêche à la ligne pratiquée sur les fonds rocheux à quelques miles de la côte. Au petit matin, un voile atmosphérique enveloppe la baie d’une ambiance feutrée. L’ancien pêcheur scrute l’horizon et le retour des plus jeunes. Les équipages des Orus – bateaux à voiles traditionnels sri-lankais – font leur apparition. Les vagues et les rouleaux peuvent rendre acrobatique l’accostage de ses pirogues à balancier longues de 5 à 8 m.

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Retour de pêche
Remontée des pirogues.

Sortir ces bateaux de l’eau demande de nombreux bras et je peux affirmer qu’il faut développer beaucoup d’énergie pour les tirer sur le sable. Les hommes semblent assez satisfaits des prises de la nuit. Les appâts et la contribution de l’éclairage leur permettent d’attraper certains spécimens à l’épuisette. Une heure plus tard un certain nombre de pirogues sont déjà revenues. Je m’éloignais pensant la tâche terminée, lorsque je suis hélé pour participer à la pêche à la senne de rivage. Depuis deux embarcations les équipages déploient un filet en arc de cercle qu’il faudra ensuite haler. Arc-boutés sur les cordes qui se trouvent à chaque extrémité, muscles bandés nous remontons difficilement le filet vers la plage. Toute aide est bienvenue et nous sommes proche de la vingtaine pour réaliser cette opération très physique. Quelques poissons sont prisonniers des mailles du filet. Après l’effort les sourires illuminent les visages des pêcheurs. Les avants bras endoloris et peu préparé pour cet effort matinal, je me prélasse maintenant en regardant l’océan.

FIN