AP09
Japon
Pays du soleil levant
Le pays du soleil levant est réputé pour sa richesse culturelle et artistique. Une manifestation de cette créativité se retrouve dans ses « îles musées ». Parmi ces îles, trois sont particulièrement célèbres : Naoshima, Teshima et Inujima.
Située dans la mer intérieure de Seto, Naoshima, dédiée à l’art contemporain offre un ensemble exceptionnel d’installations artistiques. Le concept de revitaliser dans les années quatre-vingt l’économie en berne de l’île grâce à cette incroyable idée visionnaire est l’œuvre d’un riche mécène de la région « Soichiro Fukutake ». Passionné d’art et moteur de ce projet artistique, il a su par sa persévérance, convaincre et mobiliser (persévérance : un des traits symboliques associé aux carpes Koï, connues aussi sous le nom de « Nishikigoi »). S’ensuit, une collaboration fructueuse avec le célèbre architecte japonais Tadao Ando, qui aboutit à la création de plusieurs musées et espaces d’exposition.
Carte
Destination Naoshima
La plus renommée des îles artistiques
Entre art et voyage onirique, les carpes Koï au milieu des nuages sont telles des reines de beauté. Comme dans une estampe, elles défient l’imaginaire, tout comme Naoshima, cette île dédiée à l’art. Larges fresques que l’esprit humain compose et typiquement révélateur d’un made in Japan.
Torii – Île de Naoshima
Yellow Pumpkin
Comme une offrande à la nature
Œuvre de l’artiste japonaise Yayoi Kusama
La citrouille jaune de Naoshima est une œuvre emblématique créée par l’excentrique artiste japonaise Yayoi Kusama. Née en 1929, Kusama est connue pour ses installations artistiques distinctives caractérisées par des motifs répétitifs, des couleurs vives et une exploration de thèmes tels que l’obsession, l’identité et l’infini. Victime d’hallucinations depuis l’âge de 10 ans, 1939 sera la date charnière de ses premiers dessins avec des pois. Les années cinquante seront celles de ses premières expositions au Japon et le Yayoi Kusama Museum de Tokyo attire nombre de ses admirateurs.
En 2023, sa seconde collaboration avec une fameuse marque de luxe française lui permet d’être présente sur de nombreuses avenues du monde et rappelle la modernité et l’intemporalité de son travail.
Pumpkin – Œuvre de Yayoi Kusama
Îles aux musées
Tadao Ando, maître du béton et de la lumière
L’architecte Tadao Ando est reconnu pour son utilisation innovante du béton. Il y a une forme d’ascétisme dans son œuvre. Par la simplicité des volumes, des formes et les jeux subtils de la lumière naturelle, vous êtes emporté dans une forme de spiritualité, propice au recueillement. Ombre et lumière déroulent une poésie, symbiose de surfaces lisses et soyeuses comme le velours, transition entre intérieur et extérieur dans une intégration subtile à la nature. Tadao Ando marie ses créations aux éléments. Une union qui force souvent l’admiration et crée un lien presque charnel avec ce matériau souvent si brut.
Gauche / œuvre
– Yayoi Kusama
Droite / Bas /
Le secret du ciel
– Kan Yasuda
Expérience métaphysique
Voyage intérieur
Sur l’île de Naoshima, l’expérience est parfois métaphysique, voyage sur l’extérieur pour le complexe de Benesse ou vers l’intérieur pour le Chichu Museum. Un parcours initiatique à l’introspection dans des temples de béton à l’harmonie apaisante.
Architecture
– Tadao Ando
Go’o Shrine
– Hiroshi Sugimoto
Temple Shinto
Go’o Shrine – Hiroshi Sugimoto
En collaboration avec Masaru Kimura et Toshio Shitara, le photographe Hiroshi Sugimoto a réhabilité un temple de l’époque Shinto dédié aux divinités de la nature ; en ce lieu, un rocher sacré. Œuvre d’art et véritable sanctuaire, le temple comprend trois niveaux différents, dont une salle souterraine. Un escalier composé de blocs de verre translucide pénètre la pénombre et relie les espaces les un aux autres. Au bout d’un long tunnel étroit s’ouvre l’horizon, tandis que la lumière comme sacrée vous guide vers la sortie. Une expérience artistique soulignant les questions sur la perception, le temps et la mémoire.
Architecture
– Tadao Ando
Porte vers l’infini
Lee Ufan, la matière et le vide
Lee Ufan (natif de Corée) est considéré comme l’un des fondateurs du mouvement Mono-ha (l’école des choses), un mouvement artistique japonais principalement actif des années 1960 à 1975. Les artistes de ce mouvement explorent les relations entre les matériaux naturels et industriels, en créant des installations qui mettent en évidence les propriétés physiques des matériaux, leur relation à l’espace et à l’environnement. Son travail artistique est basé sur la notion de « médiation », où il cherche à créer un dialogue subtil entre l’art, le spectateur et l’environnement. Ses installations et sculptures invitent le spectateur à une expérience contemplative et introspective, en créant des espaces vides où l’attention est portée sur la présence et l’absence.
Porte vers l’infini
– Lee Ufan
Three vertical
squares diagonal
– George Rickey
Sculpture cinétique
Le vent et les volumes
L’artiste américain George Rickey est né en 1907. Influencé par les mobiles d’Alexander Calder, il oriente à partir de 1945 son travail vers la sculpture cinétique constituée de formes géométriques simplifiées. Les « Three vertical squares diagonal » de Naoshima en sont un parfait exemple. Leurs faces orientées vers l’entrée maritime, les imposants parallélépipèdes alignés subissent les assauts imprévisibles du vent. Il y a une véritable poésie à voir ces volumes ondulés en milieu naturel comme de simples feuilles de papier. Une chorégraphie « éolistique » touchante et émouvante.
Narcissus Garden
Le titre et le mythe
Répétition, obsession et auto-réflexion
Nous voilà à nouveau en présence d’une œuvre de Yayoi Kusama. L’Installation « Narcissus Garden » se compose de milliers de sphères en acier inoxydable poli. Agencées à même le sol, elles jouent avec la perception de l’espace, réfléchissant notre image et ce qui nous entoure. Les reflets multiples contribuent à cet effet de répétition et d’obsession. L’œuvre tire son nom du mythe grec de Narcisse, jeune homme qui tomba amoureux de son propre reflet.
Haut / œuvre
– Yayoi Kusama
Bas /
Flotteurs pour filets de pêche
Similitude de formes
D’un contexte à l’autre
Les sphères d’un rouge vif polies par une mer qui les a si souvent caressées, fouettées et malmenées, sont là, échouées sur un béton râpeux en attente d’une nouvelle ivresse sur les flots qui les ont si souvent faits dérivées. Répétition de point sur une immensité à la couleur changeante ou composition sur un quai abandonné. Partance pour l’oubli ou futur chorégraphie marine ?
Slag Buddha88 – Œuvre de Tsuyoshi Ozawa
Slag Buddha88
Scories
À partir des années 80, l’île de Teshima a été le théâtre du pire dumping illégal de déchets industriels au Japon. Des navires fortement chargés se délestaient sur la pointe ouest de l’île de leur horrible cargaison d’automobiles déchiquetées, de matériaux de construction et autres déchets toxiques dont des métaux lourds ; plus de 700 000 tonnes ont ainsi été déversées.
Les actions médiatiques coordonnées par des organisations locales et environnementales, des scientifiques, des pêcheurs et les insulaires ont permis d’aboutir à un arbitrage gouvernemental. En 1995 la commission d’enquête révélera la présence de substances toxiques, dont des dioxines. Cette lutte pour une justice environnementale débouchera su une décision judiciaire en 1996 qui a statué sur l’enlèvement et le retraitement de ces déchets. L’usine pour l’élimination et le retraitement de ces déchets a été construite sur l’île voisine de Naoshima.
L’œuvre « Slag Buddha88 » du Japonais Tsuyoshi Ozawa est constituée de 88 bouddhas réalisés à partir de scories produites lors de l’incinération des déchets de Teshima. Représentant 88 Bouddhas disséminés sur l’île en lien avec le pèlerinage de Shikoku et de ses 88 lieux.
île de Naoshima
Naoshima, Teshima & Inujima
Résurrection
Le pouvoir de l’art
Destination populaire au Japon, les îles de Naoshima, Teshima et Inujima vivent une véritable résurrection. Devenu des destinations populaires au Japon en raison de leurs installations artistiques contemporaines, on s’y rend aujourd’hui comme en pèlerinage. Un véritable travail de revitalisation de ces zones touchées par une dépopulation importante et par un scandale industriel, l’art a visiblement ce pouvoir. Art, architecture et nature méritent vraiment que l’on s’attarde en ces lieux un peu hors du commun.
Asie Pacifique
AP01 – Le delta du Mékong.
AP02 – Bagan, la plaine des temples.
AP03 – Lac Inle, au cœur du Myanmar.
AP04 – Sri Lanka, une nature généreuse.
AP05 – Le Shekhawati et ses havelis.
AP06 – Bundi, authenticité et douceur de vivre.
AP07 – Paysages Indonésiens.
AP08 – Fascinant Rajasthan.
AP09 – Naoshima et l’art comptemporain
AP10 – Japon, finesse culturelle.
AP11 – Japon, les esprits de la montagne.
AP12 – Le Sulawesi, le pays Toraja.
AP13 – Sulawesi, combats de coqs.
AP14 – Sulawesi, Mangrara Banua.
AP15 – Hong Kong, la trépidante.
AP16 – Royaume fantastique.
AP17 – Rivière Li, la poétique.
AP18 – Voyage spatio-temporel.
AP19 – Les hauts plateaux du Yunnan.