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Lac Inle
Au cœur du Myanmar

Travail d’orfèvre ; dans son écrin, Inle serti aux collines par les jardins flottants est le joyau de l’état Shan.

lac inle 2560 01B Myanmar,Inle,Inthas
Habitations traditionnelles
Réveil sur les berges du lac.

L es jardins flottants et les pêcheurs inthas, avec leur technique de rame bien particulière, sont les symboles indissociables de cette magnifique région qu’est le lac Inle. Emblème du tourisme birman à travers le monde, au même titre que les pagodes et les stûpas, ils participent à un imaginaire touristique, représentatif d’un Myanmar que l’on se figure intemporel, où traditions et authenticité sont les garants de l’attrait de cette contrée. Mais depuis son ouverture au monde, le Myanmar s’adapte à l’accélération des mouvements et des échanges.

Situé dans l’état Shan, à presque 900 mètres d’altitude, il est un des lacs les plus élevés du Pays. Par leur vitalité et leur dynamisme, cultivateurs, pêcheurs et artisans de ce peuple lacustre ont façonné un des paysages birmans le plus attractif et fascinant.

Carte

lac inle 2560 20 Myanmar,Inle,Inthas
Naissance du jour
Pirogue fantôme.

Brumes matinale

Entre chiens et loups

Monochromes et camaieux

La brume recouvre de sa pèlerine la surface miroitante du lac. Les premiers rayons de soleil franchissent les versants des collines au sud ouest de l’état Shan – centre est du Myanmar. Ils dilatent l’air et dans cette lutte inégale de pression atmosphérique, par lambeaux, le brouillard matinal s’effiloche, se déchire, tentant désespérément, mais en peine perdue, de s’agripper aux roseaux. Leurs longues tiges se parent de délicates gouttelettes de rosée. De battements d’ailes saccadés, les foulques marchent sur l’eau et génèrent des ondes concentriques qui se diffusent sur l’étendue aquatique, flirtent avec notre embarcation, avant d’aborder les berges et disparaître au milieu de jacinthes d’eau. Dans la plénitude de ces instants, dans cette ambiance ouatée et poétique, la vie frémit. Le temps qui semblait suspendu sort de sa torpeur et avec une forme d’impatience la journée s’éveille.

Brumes matinales
Premières heures du jour.

Progressivement, la féerie de ce petit matin s’estompe pour laisser place à un soleil bienvenu qui réchauffe nos corps engourdis. L’astre, au levant, embrase et irradie le lac et les dernières brumes s’évaporent. Dans le lointain, les premiers bruits de l’activité humaine nous parviennent. Notre pirogue glisse sur la surface du deuxième lac du Myanmar par sa superficie. Suivant les précipitations sa profondeur oscille entre deux et quatre mètres, parfois plus durant la saison de la mousson.

Éveil de la nature
Premières rencontres.

Canaux et villages lacustres

Notre navigation se poursuit à travers les canaux. Dans le lointain se dessinent les silhouettes des pagodes. Leurs toitures dorées, comme d’immenses réflecteurs nous indiquent l’imminente traversée d’un village lacustre. Les constructions en teck et bambous tressés s’élèvent au-dessus du plan d’eau soutenues par de nombreux pilotis. Les matériaux locaux utilisés favorisent l’intégration des habitations ; l’effet miroir sur la surface réfléchissante étire leur apparence apportant élégance et légèreté. L’ondulation des reflets anime les structures et l’eau réverbère le ciel aux humeurs souvent changeantes dans une éternelle renaissance. Les villages et la nature qui nous environnent sont un continuel émerveillement.

lac inle 2560 08 Myanmar,Inle,Inthas
À travers les canaux
Au loin, les toitures des pagodes.

Cultures maraîchères

Ingénieux jardins flottants

Des tiges de bambous fixées par milliers dans le limon du lac retiennent des masses de jacinthes d’eau. Des algues et des dépôts limoneux sont déposés sur la surface végétale. Ces alignements d’îles flottantes très spectaculaires sont indissociables de l’identité du paysage ; théâtre d’une culture maraîchère permettant d’obtenir des rendements florissants. Les cultivateurs inthas naviguent entre les allées dans des barques dépourvues de moteurs pour ne pas endommager les structures par des remous trop importants.

Jardins flottants
Structure de bambous, de jacinthes d’eau, d’algues et limon.

Une production intensive

De ces potagers flottants, les productions de tomates, concombres et autres légumes, ainsi que des fruits et pour certains des fleurs à raison de deux cycles par an s’exportent dans de nombreuses régions birmanes. Bien loin d’être une production anecdotique, folklorique et écologique, mais plutôt proche d’une exploitation intensive, avec l’emploi de nombreux produits phytosanitaires.

Artisanat
Teinture de fibres de lotus.

Sur les berges du lac

Marché des cinq jours

Sur les berges du lac très étendu, plusieurs villages se répartissent les jours de marché. Dénommé le marché des cinq jours, il effectue une rotation et cinq fois par semaine les embarcations chargées de produits maraîchers ou d’artisanat convergent vers différents villages. Ils sont l’occasion de découvrir les ethnies minoritaires. Elles les rallient pour écouler leurs marchandises et acheter les biens de nécessité. Les villes de Nam Pan, Maw So, Indein, Nyang Swhe, Sagar et autres, sont alors des lieux d’interaction et d’effervescence qui contraste avec la quiétude ressentie habituellement.

Sur les berges, Inthas des champs
Les foins.

Pêcheurs Inthas

Les fils du lac

L’image emblématique et iconique du Myanmar représentée par les fameux pêcheurs avec leur nasse conique constituée d’une armature en bambou et d’un filet est devenue cliché médiatique et parodie. Les ressources de pêche s’amenuisant, certains pêcheurs se sont reconvertis pendant la période touristique. Dans cette région en mutation, ou les habitudes ancestrales font face à la mondialisation, cette prestation est une alternative financière dans notre monde moderne où l’image a tant d’importance. Il est possible que de très rares pêcheurs exercent encore cette méthode traditionnelle et séculaire, grâce aux eaux peu profondes, propice à l’observation des poissons. Mais elle ne sera qu’occasionnelle et non professionnelle et se fera dans des secteurs calmes et reculés, loin des lieux de passages des pirogues motorisées.

Même si la rareté des prises a poussé les pêcheurs à s’orienter vers l’utilisation de filets classiques, la technique de rame reste toujours inédite. Méthode originale et anachronique des pêcheurs inthas. Dans des numéros d’équilibristes, avec une souplesse déconcertante, ils se tiennent debout à l’extrémité arrière de leurs pirogues sur une margelle de bois extrêmement restreinte. De cet emplacement ils sont capables dans une désynchronisation parfaite de remonter leur filet tout en pagayant avec la jambe. Pour ces fils du lac, l’agilité et l’aplomb semblent naturels et innés. Bravo les artistes.

Malheureusement d’après les pêcheurs, le déclin semble inexorable. La quantité des prises a fortement régressé au cours de ces vingt dernières années, pour une estimation de l’ordre de deux à trois fois moins de poissons prélevés. Les espèces endémiques ont tendance à disparaître au profit du tilapia, introduit pour remédier à cette chute des stocks. De nos jours, il n’est pas rare que les pêcheurs remontent des filets quasiment vides.

L’art de la pêche
Pêche au filet ou à la nasse.

Temples et stûpas

Monuments religieux

Forêt de stûpas

Cette forêt de stûpas de briques et de stuc étire ses cimes vers le ciel. Elle offre à la brise ses sommets couverts d’ombrelles métalliques encerclées de pendentifs et de clochettes. Sous une composition musicale à plusieurs mouvements, les fines sculptures veillent sur leur sanctuaire. La densité des pagodes et l’harmonie du lieu offrent un spectacle fascinant.

À l’extrémité sud-ouest du lac, il faut remonter le cours de la rivière, comme on remonte le temps. Dans ce lieu, la végétation plus tropicale a partiellement repris ses droits et les anciennes pagodes d’Alaung Sitthou nous offrent une fascinante vision digne de romans d’aventures.

Stûpas
Finesse et élégance.

Symbiose

Dans cette nature exubérante, ce qui a été délaissé par l’homme, est réapproprié par le végétal. Dans une forme de combat rassurant contre l’orgueil, le développement anarchique de la végétation nous permet d’admirer des images éphémères de lieux toujours en mutation. Parfois cette rivalité s’équilibre, symbiose, instants suspendus ; alors, qu’il est beau ce spectacle où les agaves tentaculaires épousent le stûpa érodé, association improbable, fusion qui offre la beauté des deux mondes. Plus tard, submergé, enseveli, le travail de l’homme sera infiniment petit.

Stûpas érodés – Indein
Agaves tentaculaires.

Un abandon ou brille l’esthétisme. Cet écrin intensifie la sérénité du bouddha.

lac inle 2560 33 Myanmar,Inle,Inthas
Stûpas d’Alaung Sitthou – Indein
Ruines et végétation luxuriante.
lac inle 2560 23 Myanmar,Inle,Inthas

La survie du lac

Écosystème en danger

Un équilibre fragile

Peu profond, le lac souffre du changement climatique et des comportements humains. Les sécheresses plus régulières, la déforestation des versants avoisinants et l’agriculture sur brûlis contribuent à un apport important de sédiments charriés par les rivières qui alimentent le lac.

L’utilisation en surdose de pesticides, d’insecticides et d’engrais pour maintenir la production intensive des jardins flottants et des cultures environnantes détériore la qualité de l’eau. L’évolution sociétale, la croissance démographique, urbanistique et touristique, la gestion des eaux usées, l’accès à de nouveaux produits contenant des substances chimiques et la motorisation des embarcations participent à cette pollution. L’ensemble de ces facteurs parmis d’autres concourent à l’apport de nitrates et phosphates qui provoquent une augmentation de l’azote et du phosphore. Cette concentration de nutriments contribue au développement excessif d’algues et de plantes aquatiques. Les jacinthes d’eau en sont un bel exemple. Ces plantes absorbent de fortes quantités d’oxygène et leur décomposition provoque l’appauvrissement, le dérèglement et l’asphyxie de l’écosystème.

Les spécificités des paysages et des sociétés du lac inlé ne sont pas intemporels et des campagnes d’information ont déjà commencées pour sensibiliser la population. La préservation de cet environnement dépendra de la volonté des acteurs locaux et gouvernementaux.

FIN