AP07
Fascinants Paysages indonésiens
Manifestations de forces surnaturelles, vecteur de mythes et croyances populaires.
Forêt tropicale
Sumatra.
L’Indonésie est une cocotte-minute, une terre qui tremble, respire, souffle, frémit et gémit. À la confluence de plaques tectoniques, sur la ceinture de feu du Pacifique, cette terre vivante, aux centaines de volcans aussi meurtriers que nourriciers, fascine. Entre terre et mer, cet archipel aux milliers d’îles, aux forêts tropicales denses, refuge d’une faune et flore étonnantes, parfois en sursis, déborde d’une richesse incroyable. De par sa géographie, sa diversité ethnique et religieuse, l’Indonésie est un territoire d’une richesse culturelle étonnante.
Carte
Les Minangkabau et la vallée d’Harau
Société matrilinéaire
Le statut particulier des femmes Minang
Le peuple Minaugkabau ou Minang est constitué de quatre grands clans (Koto, Piliang, badi et Caniago). Il est établi principalement dans la province de Sumatra Ouest et sur une partie de la province limitrophe de Riau. Musulmans reconnus pour leur piété, leur communauté demeure atypique ; les Minangkabau ont su concilier les préceptes de l’islam et les anciennes traditions animistes antérieures à leur arrivée à Sumatra. Ils constituent aujourd’hui la plus grande société matriarcale au monde. Le système de parenté privilégie donc l’ascendance maternelle. Possédant le foncier et le nom, les biens se transmettent de mères en filles. Il n’est donc pas rare, de voir se côtoyer au sein de grandes maisons traditionnelles – rumah gadang – plusieurs générations de la gent féminine de la même lignée et leur descendance. La raison de ce matriarcat, en accord avec l’observation de la nature, s’explique essentiellement par le besoin de la prise en charge des plus faibles et de leur bien-être. Les enfants, dont les mères s’occupent essentiellement en sont les principaux bénéficiaires. À l’âge de sept ans, les enfants de sexe masculin devront quitter ce cocon familial pour vivre dans une maison commune dédiée aux enseignements religieux et culturels. L’importance de l’apprentissage au sein de la société Minang fait qu’ils sont très représentés au sein de l’élite intellectuelle du pays.
Dans la communauté, les jeunes couples ont maintenant tendance à s’installer dans des maisons individuelles. Il n’en demeure pas moins que ses grandes maisons traditionnelles avec leurs toitures incurvées, figurant la courbe des cornes de buffles, sont typiques de l’architecture de la société Minang . Spectaculaires, elles restent pour certains le point d’ancrage de la famille élargie.
Les sociétés matriarcales ne sont pas des sociétés dominées par les femmes, mais des sociétés à la recherche du consensus et de l’égalité. La notion de l’équilibre constitue leur fondement.
Habitat et motif peint
Vallée d’Harau.


La moisson du riz – Falaise
Vallée d’Harau.
Le patrimoine des forêts de Sumatra
Parc national Gunung leuser
Richesse écologique exceptionnelle
L’Indonésie est un rêve pour les passionnés d’observation animalière. L’archipel possède une biodiversité exceptionnelle. Deux de ses Îles abritent les derniers orangs-outans à l’état sauvage. Le parc national de Tanjung Puting au sud de Bornéo et le parc national de Gunung Leuser au nord de Sumatra sont leurs refuges. C’est dans le village de Bukit Lawang, sur l’île de Sumatra, que nous passerons cette première nuit dans la réserve. À la jonction du jour et de la nuit, une vibration sonore s’élève et baigne la jungle d’une euphorie collective. Un tintamarre festif de retrouvailles, de retour au foyer pour une multitude d’espèces. Un espace-temps convivial et animé avant que les esprits de la nuit prennent possession des lieux. Ce tintamarre révèle les joies de l’improvisation. Sous les voûtes de la canopée, les barytons, ténors, sopranos et mezzos s’égosillent et s’époumonent à faire résonner leurs cris le plus fort possible. Sur les bords de la rivière tumultueuse de Bahorok, nous scrutons le majestueux mur de verdure à la recherche de protagonistes. Soudainement, une averse diluvienne s’abat sur la forêt. Ce rideau de pluie nous surprend. Nous courrons nous abriter. La courbe des décibels s’est effondrée, le magnétophone a avalé la bande, la pénombre a fait place au jour et la faune semble soudainement devenue aphone.


Orang-outan
Parc national Gunung Leuser.
Au cœur de la forêt humide
Un pont suspendu permet de traverser la rivière. Les pluies de la veille et de cette nuit ont détrempé la terre rouge. Comme des serpents arboricoles, les lianes, bienvenues, offrent des prises pour gravir les pentes extrêmement glissantes. Malgré les 96,98 % du génome que nous partageons avec le cousin que nous recherchons, nous ne sommes malheureusement pas dotés des mêmes capacités d’agilité. La jungle se mérite. Le parcours continue à travers un enchevêtrement de racines parfois indescriptible, pièges imparables pour des organismes fatigués. Étoile filante à la cime des arbres, un gibbon a disparu aussi rapidement qu’il était apparu. Missile balistique qui ne laisse pas le temps de braquer la caméra pour l’immortaliser.



Forêt tropicale
Parc national Gunung Leuser.
La rencontre
Contrairement à l’Amazonie, ici les nuées de moustiques nous ont relativement épargnées.
Dans ces conditions, l’observation est bien plus agréable, qu’un combat perdu d’avance. Subitement, un bruit attire notre attention, après plusieurs heures de marche, la chance nous sourit enfin. Ce n’est malheureusement pas le vieux mâle souhaité, avec une large face plate, gris sombre, surmontée d’une barbe rousse flamboyante, plus proche du pirate barbe-rouge ou du bandit de grands chemins, prêt à vous détrousser. Le plaisir d’observer ce primate sauvage menacé d’extinction par la déforestation de son habitat naturel, souvent au profit de plantations d’huile de palme, est une réelle satisfaction. Le spécimen dont la surface capillaire aurait besoin d’un shampoing nourrissant et démêlant, nous exhibe fièrement sa souplesse et son habileté. Il est ici le roi de cet écosystème après son seigneur le tigre. Ce soir, dans la jungle, la nuit sera longue. Peut-être que le rugissement se fera entendre.


Forêt tropicale
Sumatra.
Tricotage végétal
Les forêts de Sumatra sont denses. Un jacquard complexe où les motifs se perdent dans l’abstraction. Les mailles s’enchevêtrent entre brins arrières ou de devants au point d’en perdre le fil. Dans les familles végétales les plantes grimpantes sont légion. Quelques rayons traversent la canopée et déjà elles s’élèvent à la conquête de l’espace. Crampons, crochets, vrilles, souplesse et croissance rapide, elles enlacent les végétaux environnants et jouent de leur flexibilité pour rejoindre les cimes et s’épanouir à la lumière. De loin, la canopée moutonne comme un patchwork cotonneux de vert. Les lianes forment un réseau câblé, connexions propices aux déplacements de la faune, véritable fil d’Ariane, elles contribuent au dynamisme des forêts tropicales.



Agriculture
Les hauts plateaux érodés.
La caldera du Tengger
Ouatée de brume
Fabuleux paysages
Résultante d’une méga éruption, la caldera stimule notre imagination qui nous emporte aux temps immémoriaux où l’homo sapiens n’existait pas. Une époque où les forces telluriques façonnaient et modelaient la croûte terrestre. La ceinture de feu du pacifique et particulièrement la région Indonésienne, la plus volcanique au monde, est le fruit d’une histoire vieille de plusieurs dizaines de millions d’années. Les hautes falaises de la caldera, le cône raviné du Batok, la proximité du volcan Merapi et les fumerolles qui s’échappent du cratère du Bromo imposent cette puissance imprévisible. Dans ce contexte aux phénomènes naturels exacerbés, fascination et terreur, dieu ou démon, les volcans souvent vénérés sont intimement liés aux légendes, aux croyances et aux traditions populaires des populations qui les côtoient.


La caldera du Tengger
Dépression volcanique de seize kilomètres de diamètre.
Un ogre affamé
Du haut de ses 2 329 m, il domine le Pura Luthur Poten – temple hindou – lieu de rassemblement des fidèles lors du festival de Yadnya Kasada. Le 14e jour du Kasada qui s’étale sur environ un mois, les adeptes gravissent les flancs du Bromo et offrent des sacrifices. Du fond de son cratère de 200 mètres de profondeur, l’ogre les dévore et souffle son haleine sulfureuse. Bouche béante tournée vers le ciel, ce volcan actif n’est jamais rassasié, colérique et souvent sujet à des sautes d’humeur il est toujours très actif.
Cratère du Bromo
Vapeurs sur le lac d’acide.
Paysages irréels et hypnotiques
Les forces telluriques
Les titans
Dans une ambiance irréelle, les titans retiennent les brumes, le paysage est énigmatique et les scarifications de l’écorce terrestre, stigmates de temps plus agités, impressionnent. Dynamique d’affirmation de la puissance, les monstres éruptifs ont façonné le paysage de formations rocheuses obscures.
Cône du Batok – Ravines du Bromo
Dans la caldera du Tengger.
Carte de la caldera
Attraction
Le réel s’efface au profit d’un paysage fantomatique digne de récits fantastiques. Des nappes de brouillard accrochées aux formations rocheuses se déchirent, subrepticement des formes surnaturelles apparaissent et disparaissent se dérobant à la curiosité du regard. Un vent soulève une fine poussière de scories, l’atmosphère et la physionomie du lieu se sont métamorphosées, signe avant-coureur d’hostilité, les colosses, aux cônes et structures ravinées bougonnent.
Paysages bruts, la puissance de la nature comme une déferlante souligne notre vulnérabilité. Sentiment d’attraction terrestre. Quête revitalisante des extrêmes et accélérateur d’émotions. Les lumières fascinent, la tête s’évade, en bas dans les halos, les cendres volcaniques ressemblent à l’océan, genèse quotidienne d’un monde en mutation. Fugaces moments que l’on cherche à immortaliser. « galerie trame »
Tegalan – champs agricole d’altitude
Sur les flancs du Tengger.
Ressources naturelles
Agriculture Javanaise
Les tegalans
Les terres volcaniques sont très souvent source de prospérité. Le complexe du Tengger, riche de sources minérales et d’une abondante pluviométrie a favorisé l’agriculture sur les sols riches d’éléments nutritifs
Quant aux parcelles abruptes d’altitude – Tegalans, parcelles non irrigables – elles subissent une importante érosion et ne seront exploitées que de novembre à mai. Les pentes escarpées nécessitent un dur labeur, essentiellement manuel.
Agriculture
Sur les flancs du Tengger.
Jeux de trames
Zébrées de diagonales, hachurées de traits et marquées de points, les terres cultivées et leurs combinaisons de motifs, trames de demi-teintes où les bruns et les verts se disputent l’espace d’une agriculture métamorphosée en ornement géométrique. Elle dessine les reliefs alentour, topographie où le graphisme domine. Les arbres avec leur verticalité parachèvent la représentation linéaire. « galerie trame »
Terrasse et stupas
Vallée de Kedu – Java.
Dans la haute plaine fertile de Kedu, le ciel pleure à chaudes larmes. L’eau ricoche sur la membrane bitumeuse. Saturés, les bas côtés et les fossés débordent. Lorsque les précipitations redoublent d’intensité, les véhicules s’immobilisent sur le bas-côté par manque de visibilité. Le parcours se prolonge, mais la ville de Magelang à laquelle le site est rattaché n’est plus qu’à quelques minutes motorisées.
Le temple de Borobudur
Imposante construction bouddhiste
Érigé durant la dynastie Sailendra
Dans ce pays qui compte le plus de musulmans au monde, le temple bouddhique de Borobudur bâtie au VIIIe siècle pendant l’apogée de la dynastie Sailendra – dérivé du sanskrit Śaila & Indra, signifiant Roi de la montagne – est un des sites les plus remarquables et visités d’Indonésie. Contrairement à l’ensemble des édifices bouddhiques bâtis sur des surfaces planes le temple s’élève par paliers sur une colline jusqu’à la revêtir. De sa base carrée de 123 mètres, neuf plates-formes s’élèvent et composent sa forme pyramidale comme un énorme stûpa dédié à Bouddha. Aux points cardinaux, des rampes de marches permettent l’accès aux terrasses et guident les pèlerins vers l’illumination. Vu du ciel, le site semble représenter un mandala tantrique qui symbolise l’ordre cosmique et psychique.
Temple Borobudur
Vue d’une terrasse.
Bas-reliefs du temple de Borobudur
L’ascension du temple est un parcours initiatique à entreprendre dans le sens de la rotation universelle des aiguilles d’une montre. Sur plus de 2 500 mètres carrés, les bas-reliefs illustrent dans une profusion de détails narratifs les enseignements du bouddhisme Mahayana et la vie de la société javanaise de l’époque. Sculptés à même l’andésite, pierre volcanique, qui résulte d’un processus de solidification de la lave en surface, les sculptures ont de nombreuses petites aspérités, typiques de certaines roches magmatiques.




Temple Borobudur
Bas reliefs.
Le monde divin
Les trois dernières terrasses circulaires font place au monde divin. Soixante-douze stupas ajourés de losanges encerclent le monumental stupa central. Tels des cloches, chacun abrite une statue de Bouddha en méditation. Un voile vaporeux et des nuages de basse altitude, accrochent les cimes des arbres de la jungle environnante, tandis que la pierre humide du temple réfléchie le gris argenté du ciel de cette journée orageuse. Du haut de l’édifice, entre ciel et terre, dans le ravissement du paysage, peut-être le septième ciel ou notre nirvana.


Stupas abritant les statues de Bouddha – Nuages de pierre
Soixante douze stupas ajourés.
Panorama, rizières – Bali
Jatiluwih.
Les rizières
Savoir-faire et traditions
Les « subak »
Gestion de l’eau
Les rizières de Jatiluwih
Inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, les fameuses rizières de Jatiluwih témoignent de ce qu’a été la riziculture sur l’île. Ces rizières ingénieusement étagées ont façonné harmonieusement le paysage. Succession d’amphithéâtres, à perte de vue, les terrasses sculptent le panorama de lignes horizontales. Les graminées et leur souple tige ondulent sous une brise légère, en concomitance, l’eau murmure et distille un chant délicat, hymne à la plénitude.
Asie Pacifique
AP01 – Le delta du Mékong.
AP02 – Bagan, la plaine des temples.
AP03 – Lac Inle, au cœur du Myanmar.
AP04 – Sri Lanka, une nature généreuse.
AP05 – Le Shekhawati et ses havelis.
AP06 – Bundi, authenticité et douceur de vivre.
AP07 – Paysages Indonésiens.
AP08 – Fascinant Rajasthan.
AP09 – Naoshima et l’art comptemporain
AP10 – Japon, finesse culturelle.
AP11 – Japon, les esprits de la montagne.
AP12 – Le Sulawesi, le pays Toraja.
AP13 – Sulawesi, combats de coqs.
AP14 – Sulawesi, Mangrara Banua.
AP15 – Hong Kong, la trépidante.
AP16 – Royaume fantastique.
AP17 – Rivière Li, la poétique.
AP18 – Voyage spatio-temporel.
AP19 – Les hauts plateaux du Yunnan.
