AF01
Stone Town
dans le labyrinthe
des ruelles
Flâner, se perdre entre ombre et lumière dans les venelles où flottent de doux parfums d’épices, tandis que depuis les nombreux minarets, l’appel à la prière enveloppe la ville de volutes sonores.
Vieil immeuble traditionnel
Construction typique de la vieille ville avec balcons en bois sculptés.
Z anzibar, sur la Côte d’Opale au large de la Tanzanie. Au même titre que Kilimandjaro, Tombouctou, Samarcande et tant d’autres, des noms magiques et évocateurs d’un lointain. Des noms qui font rêver et stimulent l’imagination. Deux décennies se sont écoulées. Assis sur le sable de la côte tanzanienne mon regard se portait déjà vers cet archipel ; mais le murmure des vagues et les parfums d’épices portés par les vents ont laissé le temps s’échapper. Les couleurs de cette mer irisée de bleu turquoise et de verts émeraude sillonnée par des boutres traditionnels depuis des millénaires se sont imprimées dans mon esprit. Je savais qu’un jour je foulerai le sol de cette île pleine de charme, de nonchalance, au passé douloureux, mais aussi flamboyant. Dans cette journée de fin février, Stone Town nous dévoile ses portes magiques.
Carte


Stone Town
Balcon en bois ouvragés – Les mille et une nuits.
Influence architecturale
Stone Town
La vieille ville historique
Les journées s’étirent sous le soleil ardent. Heureusement dans ce labyrinthe, les ruelles très étroites de la médina sauvegardent des zones ombragées. C’est dans les parfums d’épices, de clous de girofle, de cannelle, de cardamome et de cumin que les nouvelles de la journée s’échangent dans ce swahili à l’accent tonal. Des bancs de ciment lisse juxtaposés aux murs des maisons sont des points de convergences pour se prélasser, échanger, jouer et se délecter d’un thé ou d’un café. Cette ville a été un emplacement commercial névralgique pendant des siècles et les différentes dominations ont contribué à la mixité des cultures d’Afrique, d’Orient, d’Inde et d’Europe.



Éléments architecturaux
Persiennes, porte et murs décatis.
La vieille ville de Stone Town, située sur l’île d’Unguja dans l’archipel de Zanzibar, prend réellement son essor lorsqu’en 1840 le sultan omanais Seyyid Said décide de déplacer sa capitale de Mascate pour la future ville de pierre. Construits en calcaire corallien et blanchies à la chaux de nombreux édifices se sont élevés pour former la vieille ville actuelle. Les nombreuses influences culturelles ont permis à Zanzibar de développer un paysage urbain unique en son genre. La ville est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis l’année 2000.




Portes typiques de la vieille ville
Les portes sculptées ornent les anciennes belles demeures de Zanzibar.
Stone Town est en autre réputée pour ses splendides portes en bois sculptées et ses balcons finement travaillés. Ses fameuses portes d’influence arabes et indiennes étaient le véritable miroir du statut social et de la richesse de leurs propriétaires. Plus la porte était imposante et richement décorée, plus l’influence du maître de maison était importante. Les motifs les plus usités étaient composés de motifs floraux qui dans une succession d’entre-las savamment ouvragés décoraient les chambranles comme des enluminures. Les demeures avec un linteau rehaussé par un cartouche contenant généralement une sourate du coran appartenaient à des familles d’origine omanaise, tandis que les autres à des familles d’origine indienne. Elles peuvent être agrémentées de pièces métalliques en laiton ou en fer.


Porte et mémorial
Éléments architecturaux, porte – Une des cinq statues du mémorial de l’esclavage inauguré en 1998.
Toitures
Mikado de tôles ondulées
De la terrasse où nous résidons Stone Town nous dévoile ses toitures. La couleur rouille côtoie le gris acier pour créer une palette secondaire fruit du mélange de ses dites couleurs dans un vaste dégradé tonal homogène. L’air salin et les pluies parfois diluviennes n’auront pas épargné de la corrosion les plaques métalliques qui recouvrent l’ensemble de la ville. Devant ces enchevêtrements de formes géométriques, on pourrait se surprendre à penser à une toile de Braque au début de sa période Cubiste. Une tôle a glissé pour s’harmoniser avec le trait voisin et déstructurer l’équilibre comme une variable de la composition. Les entrées maritimes auront raison de certaines d’entre elles et la toile toujours retouchée ne sera jamais terminée.


Mikado de tôles ondulées
Toitures de la ville.
Les zanzibaris
Un métissage incessant
Les premiers habitants sont issus d’une population côtière très mouvante, aux contours imprécis, mais très souvent d’origine Bantou. Cette civilisation dite swahilie s’est épanouie et s’est façonnée par son caractère cosmopolite aux multiples influences que les régions du littoral de l’océan indien ont favorisées. Dès le VIIIe siècle le développement des échanges commerciaux et les vagues de migrations arabes, puis persanes, vont faire de Zanzibar, un lieu incontournable du commerce de l’océan indien. Les îles seront par la suite colonisées par les Portugais, avant de revenir dans le giron des sultans Omanais. Les sultans de Mascate renonceront plus tard à leur capitale pour venir s’installer à Zanzibar. C’est à cette période du XVIIIe et XIXe siècles que l’île des épices devient un des maillons principaux du commerce esclavagiste de la côte est africaine. Principalement déportés vers le Moyen-Orient et l’Inde, ils travaillaient localement dans les plantations en plein essor (clous de girofle, coprah) et en 1845 sur 450 000 habitants, l’île dénombrait 360 000 captifs.





Portraits
Le jeune homme à la bicyclette | Le vieil homme et la mer | Le couvreur | Portraits de femmes.
Zanzibar était une place prospère où transitaient épices, ivoire et esclaves. Ce sultanat allait durer jusqu’en 1856, suite au décès du sultan, ses deux fils se partagent cet empire maritime sous arbitrage britannique. En 1890 Zanzibar tombe sous le protectorat de la perfide Albion. Le sultan de Zanzibar tentera de le rejeter, mais le 27 août 1896 la flotte britannique bombarde son palais. Cette guerre ne durera qu’une quarantaine de minutes et devient l’une des plus courte de l’histoire. En 1963 l’île déclare son indépendance, en 1964 l’Union tanzanienne composée de la République du Tanganyika et de la République Populaire de Zanzibar voit le jour. Elle inclut les Îles de Zanzibar et de Pemba dans un espace plus vaste et continental. Aujourd’hui Zanzibar est peuplée d’environ 1,3 million d’habitants. Sa population Zanzibarites est composée de Shirazi, d’Africains continentaux, d’Arabes, d’Indiens, de Comoriens et d’Européens. Les Arabes habitent principalement la vieille ville de pierre. L’islam (97 % de la population) et le swahili sont les deux principaux vecteurs que partagent les diverses communautés.
Pluie torrentielle
Journée venteuse avec passages de pluies torrentelles.
La vie dans les ruelles de la médina
Dans la vieille ville
La vie quotidienne
La médina est une invitation à se perdre, à prendre le temps de flâner au gré de son intuition dans les ruelles jalonnées d’échoppes aux façades décrépies et aux couleurs délavées. Il est environ seize heure trente, à cet horaire les petites boutiques ont levé leur rideau métallique. La chaleur a perdu de son intensité, la ville sort de sa léthargie, de cette atmosphère engourdie et le calme s’évapore. Ici ou là des femmes en saris colorés ou en kanga déambulent. Un peu plus loin, les martèlements d’un menuisier et de couvreurs résonnent dans des locaux. Le pressing voisin a repris son activité et le maître des lieux fait glisser son fer à repasser en fonte chargé de braises incandescentes sous la lumière d’un vieux néon. La vie reprend ses droits, les places sont à nouveau des lieux de réunions et de partage.



Artisans au travail
Pressing – Menuiserie.
Les hommes aiment se retrouver pour des parties de dominos animés. Ils font claquer de gestes rageurs les pièces sur les plateaux en bois. Une règle d’orgueil des adeptes pour déstabiliser l’adversaire. Des marchands ambulants sillonnent les venelles et certains élisent domicile sur les places. Tandis que les curieux prennent le temps de jeter un œil aux parties en se délectant d’un thé ou d’un café bien chaud. Mais de nouveaux s’élèvent à travers Stone Town les appels des muezzins à la prière. Des mélopées aux intonations dissemblables s’élèvent des nombreuses mosquées. Portées par le vent ou des haut-parleurs, douces, nasillardes ou dynamiques, elles enveloppent la ville d’un fond sonore tandis que les hommes arrêtent leurs activités pour leur tapis de prière.
Dans la vieille ville
Femme sous la pluie -Artisans couvreurs – Commerçant ambulant – Sortie d’école.
Sortie d’école
Les ruelles s’animent
Les ruelles résonnent d’une vitalité nouvelle. L’école se termine et une excitation de fin d’après-midi se propage dans Stone Town. Une clameur, le temps d’un exutoire. Une montée d’adrénaline à courir dans les méandres des venelles après de vieux pneus de vélo ou de ballons. Une sorte de tachycardie citadine, le temps pour chacun d’un retour au domicile dans des éclats de rire, de cris et parfois de pleurs. Un rythme immuable, les pulsations auront duré quelques dizaines de minutes et la ville retrouve sa nonchalance.


AFRIQUE
AF01 – Stone Town le labyrinthe des ruelles.
AF02 – Le port de Stone Town.
AF03 – Royaume Antémoro.
AF04 – Périple malgache.